3 questions à Shiva Shukla

Shiva Shukla, Docteur et entrepreneur au service de la fertilité

3 questions à...
27/05/2025

Scientifique reconnu, le docteur Shiva Shukla a choisi de mettre son expertise et son énergie au service d’un combat, celui de l’infertilité des couples. Après un parcours scientifique remarquable sur plusieurs continents, il s’est installé à Rennes en 2019, séduit par un programme de recherche ambitieux. Ce projet l’a finalement conduit à créer sa propre entreprise.

Bonjour Shiva, pouvez-vous nous présenter votre parcours passionnant ?

D’origine indienne, je suis titulaire d’un Master en physique ainsi que d'un doctorat en ingénierie acoustique obtenu à l'Université technique de Madrid. Mon parcours m’a conduit à participer à plusieurs projets de recherche internationaux, notamment un programme avec le MIT, aux États-Unis, portant sur la détection de la méningite chez les nourrissons. Par la suite, je suis retourné en Inde, à l’Institut indien de technologie de Bombay, où j’ai travaillé sur des techniques novatrices d’analyse du sperme. Las du tumulte d’une ville surpeuplée, j’ai eu envie de revenir en Europe. C’est dans ce contexte que j’ai remporté le projet Horizon MicroFSMA, financé par l’Union européenne. En 2019, j’ai posé mes valises en Bretagne, où j’ai rejoint l’entreprise Cherry Biotech à Rennes en qualité de Responsable R&D. Durant deux années, j’ai mené deux projets en parallèle : le premier, financé par l’Union européenne, portait sur la sélection des spermatozoïdes dans le cadre de la procréation médicalement assistée (PMA), et le second, sur un programme dans le secteur pharmaceutique.

©Magazine 7 jours

A quel moment basculez-vous vers un projet de création d’entreprise ?

Le 1er programme m’intéressait fortement. J’ai vu ma propre sœur en Inde rencontrer des difficultés avec la fertilité. J’ai eu envie d’agir pour faire bouger les lignes dans ce domaine. Aujourd’hui, un couple sur six en France est confronté à l’infertilité — c’est une problématique de société majeure. J’ai compris que c’était ma cause ! Créer Beez Biotech en 2021 fut une décision audacieuse. Mon Français était encore approximatif, je ne connaissais rien aux rouages de l’administration française, et j’étais seul. Heureusement, je me suis entouré d’un bon cabinet d’avocat qui m’a tout expliqué et mon ancien collègue, le Dr Dario Fassini, a cru en mon projet au point d’y investir. Je me suis également rapproché du Poool et de la French Tech de Rennes, deux acteurs clés d’un formidable écosystème qui comprend l’innovation, sa valeur et le marché. En 2022, nous avons rejoint le Biopôle, une pépinière d’entreprises de Rennes Métropole gérée par Citédia. Notre équipe constituée de deux collaborateurs, et avec l’appui de 4 associés, s’épanouit dans un environnement agréable, avec tous les équipements de laboratoire nécessaires. Les collaborateurs des différentes entreprises de la pépinière ont créé de véritables liens.

Nous imaginons que vous ne manquez pas de défis au sein de Beez Biotech…

Effectivement, nous poursuivons le développement d’une technologie unique baptisée EvA. Son objectif est de pallier les limites des méthodes actuelles de sélection des spermatozoïdes, souvent responsables de leur dégradation. Avec notre technologie, nous nous rapprochons du processus naturel de sélection des meilleurs spermatozoïdes en recréant leur mécanisme naturel de nage. Par ce procédé, l’ambition est de faire passer le taux de réussite des PMA en Europe de 20 % à 50 % d’ici 2030. Nous avons déjà mené des tests en partenariat avec des cliniques, comme celle d’Orléans ou la clinique de La Sagesse à Rennes. Il reste encore des étapes cruciales, plusieurs recrutements et des levées de fonds pour financer les essais cliniques, obtenir les certifications nécessaires et répondre aux exigences réglementaires. C’est bien normal car nous parlons ici de santé humaine ! La mise sur le marché de notre technologie est prévue pour la fin de l’année 2026. C’est un espoir immense pour des millions de couples dans le monde !