3 questions à Aya Zaïne

Aya Zaïne, entrepreneure de la transmission

3 questions à...
14/04/2026

Arrivée à Rennes en 2016 après un parcours d’exil, Aya Zaïne a su transformer sa passion pour la transmission en un projet entrepreneurial. Elle propose aujourd’hui des cours de langue arabe à des publics de tout âge depuis le Centre d’affaires du quartier Kennedy.

©Aya Zaïne

Pouvez-vous nous expliquer votre parcours, qui ne vous prédestinait pas véritablement à enseigner l’arabe à Rennes ?

En effet, après des études de littérature française en Syrie, mon pays d’origine, j’ai exercé pendant quatre ans le métier d’enseignante à Alep. Puis, la guerre a durement frappé le pays et j’ai dû fuir les bombardements. Mon parcours m’a menée en Turquie, puis en Grèce, avant que la France nous accueille fin 2016. À mon arrivée à Rennes, j’ai souhaité poursuivre mon métier, mais mon diplôme syrien n’était pas reconnu. J’ai donc décidé de reprendre mes études : j’ai obtenu une Licence d’arabe à l’Université Rennes 2 en 2019 avec près de 15/20 de moyenne, puis j’ai suivi une année en Sciences de l’éducation, en candidate libre, afin de mieux comprendre le système éducatif français. J’ai rapidement constaté qu’il manquait des professeurs d’arabe formés sur le territoire. C’est une langue exigeante, qui nécessite une méthode d’apprentissage mêlant écrit et oral, la découverte d’un alphabet différent et l’écriture de droite à gauche. Les associations proposent souvent des cours essentiellement oraux, faute de formation spécifique. J’ai alors identifié un véritable besoin !

À quel moment avez-vous lancé votre activité ?

En 2020, pendant la période du Covid, j’ai commencé par tester le marché en proposant des cours en ligne à des jeunes et à des adultes syriens, partout en France. Face à une demande croissante, j’ai créé mon statut d’auto-entrepreneure, accompagnée par des structures du 360 à Rennes. Mon amie Rana Orabe, avec qui je travaille en binôme, intégrait alors le Centre d’affaires du quartier Kennedy, géré par Citédia. Elle m’a conseillé de la rejoindre et de candidater pour prendre un bureau. J’ai intégré les locaux en 2021 ! J’ai été très bien accompagnée, aussi bien par les équipes de Citédia que par celles de We Ker, notamment sur les aspects liés au développement de mon activité. L’année suivante, grande étape, j’ai obtenu la nationalité française. En parallèle, avec Rana, nous avons conçu nos propres méthodes d’apprentissage ainsi que des manuels pédagogiques, du niveau 1 au niveau 4, inspirés du système éducatif français. Nous avons également développé une méthode pédagogique innovante baptisée « Monte-Syrie », inspirée des principes Montessori et enrichie par notre culture syrienne, afin de proposer un enseignement de la langue de manière vivante.

 

Comment se développe votre activité désormais ?

Aujourd’hui, j’accueille plus de 60 élèves, dès l’âge de 4 ans, les mercredis, samedis et dimanches, au Centre d’affaires. J’apprécie la quiétude des lieux, l’ambiance conviviale et l’entraide entre les résidents. Un groupe WhatsApp a même été créé pour faciliter les échanges entre nous. Ma notoriété s’est développée localement : ici, on me connaît comme « la prof d’arabe ». J’interviens également à Le Rheu, ma commune de résidence, pour des missions de traduction pour la mairie, ainsi qu’au sein du Centre culturel Agora et d’une école privée. J’apprécie ces différentes interventions qui m’apportent de la diversité dans mon activité. Côté enseignement, nous avons encore la capacité d’accueillir de nouveaux élèves, certaines sessions pouvant être complétées. Transmettre une langue, c’est aussi transmettre une culture et créer des ponts entre les personnes. C’est ce qui me motive chaque jour.